Mémoire promise

memoire promise_coupe n1

Memoire promise. Coupe n°1. 75x105 cm. Encres, graphite et transfert sur papier. 2013

Nidhal Chamekh,Memoire Promise#3, 2016, pencil,ink and transfert on cotton paper, cm 70 x 100-2

Memoire promise 2. 2016. graphite, encres et transfert sur papier coton

Nidhal Chamekh,Memoire Promise#1, 2016, pencil,ink and transfert on cotton paper, cm 70 x 100-2

Memoire promise 3. 2016. graphite, encres et transfert sur papier coton

Nidhal Chamekh,Memoire Promise#2, 2016, pencil,ink and transfert on cotton paper, cm 70 x 100-2

Memoire promise 4. 2016. graphite, encres et transfert sur papier coton

Nidhal Chamekh,Memoire Promise#4, 2016, pencil,ink and transfert on cotton paper, cm 70 x 100-2

Memoire promise 5. 2016. graphite, encres et transfert sur papier coton

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Burn exhibition. 2016. Primo Marella gallery.

 

Le témoignage du trait :
Par Arafat Sadallah

Mémoire promise. Coupe 1  s’inscrit de par son titre dans une série (effective ou promise), et donne à penser ce qui nous appelle et vient vers nous de l’autre. L’on y perçoit un éclatement de figures inachevées et de traits en tous sens : Du texte talismanique arabe aux yeux exorbités aux mains fondues ou disséquées. Avec la force et l’élégance d’un travail qui cherche à nous donner à voir le voir en tant que tel. A nous promettre le voir : le témoignage. Dans le sens d’une garde et d’une sauvegarde de la vue, et de ce qui est vu. Est-ce possible ? Peut-être que l’œuvre de Nidhal chamekh nous montre son impossibilité même car ce qui nous sépare du témoignage dure toute la vie. C’est toute la vie. Enfin, et par l’instance de cette impossibilité, la vie n’est jamais toute. Elle est inachevée, infinie, écartelée. Cependant, et par moments, brisée, rompue. Circoncise. Et c’est à travers ces ruptures et brisures que viendrait la promesse d’un don de la vue. De la possibilité de témoigner, d’être présent au monde, en tant que témoin de… quoi au juste ? On témoigne de qui ou de quoi quand on témoigne ? Peut-être que l’on ne peut témoigner que du suspens de cette question. Le trait s’offre à chaque fois en s’abritant, en se dédoublant et en s’intensifiant dans une sorte de surexposition jusqu’à l’os. Vacillant entre fantasmes hallucinatoires d’un côté (les fumées et les figures qui remontent d’un imaginaire enfantin, le texte qui est une citation d’un livre ancien de botanique et drogues). Et de l’autre, une volonté acharnée et hypervigilante de dissection anatomique (présence des mains qui ne peut qu’évoquer la volonté de maîtrise, d’appréhension, mais une autoréflexivité de cette maîtrise à travers la découpe et dissection de la figure de la main). Ce suspens donc est, en même temps, réceptivité rêveuse et conscience aiguë ; et qui, en fait, sous-tend notre vie. Nous ne pouvons témoigner que du moment d’ellipse, qui écartèle et libère à la fois. Tension et légèreté. Travail du négatif et affirmation de la vie. Tel est, par exemple, le sens de l’attestation islamique qui fonde le moment de naissance ou de conversion. La ruse transcendantale qui ouvre la possibilité d’un horizon, d’un sens, d’une finitude. Mais qui, elle, et parce qu’elle fonde justement la possibilité d’une destinée, reste dans une indécision infinie : « J’atteste qu’il n’y a de dieu que le Dieu », qu’il n’y a de dieu (présent, là devant moi, objet de témoignage) que le Dieu (Allah, le seul qui est, mais qui est inaccessible à ma vue. Qui est là en tant qu’absence, que j’invoque à partir de la négation des autres dieux). Et peut-être que c’est pour cela qu’il est le Vivant. Dans son suspens ontologique, le Dieu se temporise et dure. Il diffère son jugement pour se sauver, encore pour un temps. Pour le temps. Mais le temps qui se donne à Dieu est déjà marqué par le seau de la finitude. De la promesse qui ne laisse aucune certitude sans la contaminer, et la déstabiliser. L’œuvre de Nidhal est une déconstruction du témoignage dans le sens d’une recherche de ce qui fonde et déstabilise à la fois le témoignage en tant que mémoire qui garde la vue, mais aussi le témoignage en tant que fantasme de présence devant l’Autre (Dieu) : n’est-ce pas là la définition même du martyre (Chahîd en Arabe) ?
Seule attestation possible : avoir vu qu’il n’y a rien à voir, sauf le pas vu.
Nous somme un monstre privé de sens
Nous sommes hors douleur
Et nous avons perdu la langue à l’étranger
Hölderlin
Mnemosyne